Rêve : L’Océan et moi (2/3)

Un bruit m’a comme réveillé de mon état où ma conscience déclinait de façon inévitable

Un bruit familier

***

Essayant de récupérer le peu de forces qu’il me restait, je tendis l’oreille et me concentrai sur la potentielle source ayant émise ce mystérieux bruit. Mon intuition fut bonne, signe qui démontra que je n’avais pas encore perdu toutes mes facultés cognitives. En raison de son intensité, il me paraît qu’il n’ait parcouru que quelques mètres pour parvenir à mes oreilles gelées mais toujours fonctionnelles. Ce son, encore non identifié, me soustrait soudainement de ma torpeur et m’enflamme d’une vive curiosité qui insuffle dans mon corps, à l’apparence livide, un zeste d’espoir faisant l’effet d’une décharge électrique.

Je me retourne alors avec vivacité et une attente démesurée pour une délivrance.

De toute façon, me trouvant dans un océan infini, entouré de milliards de litres d’eau, ma solitude est comparable à celui de quelqu’un faisant une paralysie du sommeil cloué au lit en toute impuissance, ainsi n’importe quel stimuli aurait l’avantage de me distraire.

Je sens d’abord une odeur putride qui semble émaner d’une source très proche, que je situerais instinctivement derrière moi.

Par curiosité, je me tourne pour voir. (Mise au point oculaire car obscurité rendant impossible de voir nettement une forme) Je me trouve alors face à une cabane en un piteux état qui tient toujours debout malgré ses fondations pourries par l’eau salée et ébranlées par le remous des vagues. Je pense à un mirage, une sorte d’hallucination pour finir sur une vision « rassurante » avant de trépasser. Le cerveau ne finira jamais par me surprendre.

Je rassemble alors, encore une fois, les dernières forces qu’il me reste qu’il faut aller chercher avec difficulté, rude épreuve qui requiert une volonté d’acier. Je m’approche petit à petit de cette anomalie : qu’est-ce que fait une telle construction au beau milieu d’un océan désert, dépourvu de toutes structures et surtout a-t-elle conservé des vivres voire de quoi communiquer avec le monde ?

En descendant de mon rocher, je m’aperçois qu’une échelle me permet de rejoindre la base de mon gros caillou puis rien… J’essaie d’avancer à tâtons à la recherche d’une plateforme ou de tout autre surface plane et solide qui me permettrait de marcher jusqu’à cette cabane. Mon pied droit finit par buter contre un gros bout de matière dure et ronde comme du roc, je suppose que je suis rentré en contact avec un nouveau caillou. Je vais finir par faire leur connaissance si ça continue ! Je me cale non sans soucis d’équilibre sur ce petit rocher et espère de tout mon être (enfin ce qu’il en reste..) qu’il y en ait un deuxième pour m’accueillir et poursuivre mon parcours vers une potentielle source de ressources dont je profiterais pour prolonger un peu ma vie en attendant les secours (je peux encore rêver).

Je repose mes yeux et mon esprit qui doivent s’adapter à cet environnement inhospitalier et sombre depuis tout à l’heure (depuis combien de temps d’ailleurs ?..) puis je me remets à tâtonner du pied, cette fois je me baisse pour minimiser le choc de l’impact en cas de chute. Je continue de chercher, mes 2 mains en action telles des cochons truffier sauf que ma truffe à moi c’est un foutu rocher qui me fait don de son absence ce qui commence à me rendre légèrement fou ! Je commence sérieusement à envisager l’option nage pour rejoindre cette cabane qui m’a l’air d’être distante de seulement quelques mètres.. En m’apprêtant à descendre dans l’eau pour y aller à la nage, l’extrême froideur de l’eau provoque des frissons qui parcourent tout mon corps et me crispe toute la jambe. On dirait bien que la nature m’ait punit de mon audace.

Alors c’est ça mon destin ? Crever sur un foutu caillou encore plus petit qu’un autre gros caillou qui avait au moins l’avantage d’être assez large pour pouvoir recueillir en son sommet un corps frêle semblable à un énorme fœtus humain laissé à l’abandon. Je refuse cette destinée envers laquelle toute ma haine de vivre tout ça se dirige, cette haine est sûrement la dernière force vitale qui subsiste en moi dont je profite en pleine conscience pour avancer. Oui, mais où ? Et bah vers cette foutue cabane de merde ! Ok et bah allons-y et gaiement ! Autant sourire un peu, il se peut que ce soit le dernier que mon visage, émacié par la fatigue et le sel marin, arbore de toute sa vie.

Un minuscule pas plus loin, je percute encore une fois un petit rocher. Alléluia ! L’adrénaline procuré par cette haine me donne un sacré coup de fouet et actionne tout mon corps me donnant par réaction biochimique une vivacité que je croyais avoir bien perdu pour l’éternité. Un peu comme de l’huile graisserait un moteur tout grippé ! Mon âme a beau toqué contre la porte du paradis pour savoir si on a une place au chaud de préparée là-haut, ici-bas je vois plutôt la Mort qui danse dans l’ombre de noir vêtue (parfait camouflage me diriez-vous) se trimballant sa longue et tranchante faux. Je suis peut-être sur un fil entre la vie et la mort mais je suis encore capable de mettre au monde des métaphores, c’est fort.

Je suis donc sur ce 2e rocher, regagné par la confiance que j’accorde au concours de circonstances pour m’avoir mis sur ma route ou plutôt me dessiner une route toute tracée que je n’ai plus qu’à l’emprunter, je répète le processus de tâtonnements avec une ardeur retrouvée. Devinez quoi ? Pas de rochers en vue. Enfin au toucher je veux dire. Mais par contre une échelle mais cette fois tout en bois, un bois craquelé et pourrie par l’eau marine et le vent. Je me hisse pour atteindre la 2e marche et sollicite tous mes sens avec la plus grande attention possible pour ne pas louper une marche et en faisant en sorte de m’accrocher en continu sur au moins une prise pour que si une pétait j’avais l’autre pour me tenir. 4 longues marches plus tard, j’atteins une plateforme qui s’étale de là où je suis à l’autre extrémité que je m’apprête à découvrir.

– La suite au prochain (et dernier) épisode ! –

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