Rêve : L’Océan et moi (3/3)

Une dizaine de pas plus loin, je me trouve aux pieds de cette curieuse bicoque.

Sans plus attendre, je désire y entrer ne serait-ce que pour me réchauffer et me poser sur un sol plus… disons à la texture plus adéquate, encore faudrait-il qu’il y ait toujours un sol capable de supporter le poids d’un humain. Mes idées de repos fussent d’un coup stoppées par la nette vision qui s’offre devant mes yeux : aucune porte ni trou dans lequel je pourrais me faufiler n’est visible.

Quelle est cette horreur ? J’espérais pouvoir trouver de quoi survivre un peu plus longtemps ou du moins trépasser en paix. Et je réalise que je ne peux même pas m’y inviter. Pris d’un accès de colère imprévisible, je tape dans la tôle rouillée qui subsiste en face de moi, je sens alors une vive douleur qui irradie toute ma main sanguinolente et qui laisse pendre des lambeaux de peaux.

Je n’ai rien pour me cicatriser, il me faudrait un kit de survie.. Je regagne soudain un élan d’espoir pour ce qu’abriterait cette cabane. La tôle qui tenait avec ténacité devant moi est maintenant légèrement froissée et laisse entrevoir une lumière dont l’origine me laisse perplexe, je suis encore plus excité de découvrir ce lieu étrange. Je prends le bout de tôle, qui était la moins pourrie par la rouille et qui ne s’effrite pas, à pleine main et je tire de toutes mes forces ce qui a pour effet de l’écarter pour laisser un espace certes étroit mais suffisant pour me permettre d’enjamber et à force de contorsion et de souplesse étirant mon corps tendu et crispé par la fatigue et le froid pour enfin toucher la première latte du parquet en bois qui recouvrait partiellement le sol.

Je balaie alors du regard d’un mouvement de tête pour avoir une vue panoramique de ce qui m’entoure et vers quoi je devrais me diriger. L’odeur que j’avais oubliée depuis tout à l’heure ressurgit cette fois avec mille fois plus d’intensité et gagne toutes mes narines alors exposées à une odeur de mort indescriptible. On dirait que toutes les pires odeurs connues ont fusionnées dans une seule et même senteur qui écœurerait même un grippé ayant perdu l’odorat.  

Je vomis un liquide bilieux sans résidus de nourriture digérée étant donné que je n’ai pas mangé depuis… depuis hier ?

J’essaie d’avancer en résistant à cette puanteur qui s’intensifie à mesure que je m’approche d’une pièce en retrait et cachée par un drap recouvert de tâches rougeâtres séchées qui me fait penser tout de suite à du sang. Je suis à présent à quelques pas de cette pièce plongée dans l’obscurité car privée de lumière bloquée par ce mur improvisé en tissu. Je m’arrête. Une sensation de chaleur me parcoure et me fait interroger : « Est-ce que l’obscurité de la nuit aurait-elle enfin fait place à la lumière du jour ? ». J’ai vite reçu ma réponse quand j’ai regardé derrière moi vers l’entrée et vit la lumière intense du soleil presque aveuglante malgré le cache formé par la tôle occultante. N’ayant aucun moyen d’éclairer artificiellement cette pièce, je retire ce drap pour laisser le soleil offrir ses rayons. Ce que j’ai découvert m’a remué tout les organes. En face de moi se trouvait un corps inanimé et désarticulé qui gît à même le sol, un sol pourrie par le sang formant une espèce de masse rougeâtre coagulée d’une fraîcheur passée depuis longtemps. Il semble en état de décomposition mais son visage garde encore des traits imprimés dans la peau toute fripée et asséchée de son visage creusé avec le temps.

J’ai peur de terminer comme lui, je ne veux pas savoir ce qui lui est arrivé, je ne veux rien savoir, je veux juste survivre, vivre, m’en aller d’ici.

Je m’assis sur le rebord de la cabane, les pieds dans le vide, et regardai cet horizon. L’océan était calme.

Au loin, quelque chose bougea. Ou peut-être pas. La fatigue fabrique ses propres visions, et je n’étais plus certain de pouvoir distinguer l’espoir du délire.

Je rouvre mes yeux.

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